Yeh ! J'ai poussé mon premier cri (sur un territoire anciennement français qui avait été occupé par les Allemands ) en sortant du ventre de ma mère qui était elle-même française depuis au moins 10 générations (vérifié jusqu’en 1690 environ i.e siècle de Louis XIV).
Je ne suis jamais allé demander la nationalité de pays dans lesquels j’ai vécu, même si je m’y plaisais. J’ai voulu être Français, rester Français en dépit de toute cette histoire tumul tueuse depuis au moins l’époque des Celtes. Je n’ai pas voulu faire un service militaire mais j’ai préféré payer cette dette à mon pays en effectuant un service national civil consacré (avec passion) à éduquer des jeunes gens qui en avaient besoin dans un pays tout neuf.
J’ai respecté les lois de mon pays et j’ai pu exprimer mon désaccord sur bien des actions menées au nom de la France (colonisation, traite négrière et autres guerres nécessairement inutiles et injustes) mais je ne supporte pas qu’on me demande de me repentir pour des choses que j’ai toujours condamnées et auxquelles je n’ai jamais participé, pas plus que mes ancêtres aussi loin que j’aie pu aller les débusquer dans des registres.
Qu’est-ce que j’ai fait pour être Français, pour avoir cette identité, celle d’un citoyen de la nation à laquelle je sens que j’appartiens, en dépit de tous ses défauts ? Eh bien c’est en allant et en vivant ailleurs que je me suis rendu compte que malgré tout, dans mon pays, je trouvais une forme de liberté que je ne ressentais pas ailleurs. Un sentiment de sécurité que je n’ai guère retrouvé que dans les pays scandinaves qui sont aussi quelque part un peu ma patrie car Normand je suis aussi depuis plus de mille ans.
J’ai étudié la langue de mon pays avec sérieux et application afin d’être un jour capable de penser selon ses modalités et d’être capable de la transmettre à mes enfants, petits enfants et à des milliers d’élèves ici ou là. J’ai défriché l’histoire et la culture de ce pays que j’aime, pays en formation, qui s’est constitué parfois dans la douleur et la violence par des peuplements souvent belliqueux que certains ont appelé Grandes Invasions. Tous ces apports ont été assimilés ou phagocytés par un régime féodal et très vite un système de monarchie absolue, de droit prétendument divin car le monde européen a été enchanté pendant plus de 18 siècles par une religion dominante, le christianisme ! Comme le druidisme était loin alors !
Ce n’est finalement qu’au prix d’un renversement total « Le désenchantement du monde », avec notamment la Révolution française que le système de liberté, égalité & fraternité a été durement mis en application, non sans terreur et sans malheurs. Mais il est là, en vigueur, et les Français ne souhaitent pas revenir aux régimes absolus ou totalitaires antérieurs.
Alors la Nation française est devenue une démocratie, une République. Parfois, elle a rencontré des aventuriers de petite taille mais de grande ambition, comme certains desseins, de nos jours... Mais les Français, aidés à l'occasion par leurs alliés Américains, Canadiens ou Britanniques ont fini par s’en sortir et conserver les principes et les lois de leur nation souveraine.
Depuis quelques décennies (mais bien plus longtemps en fait si l’on compte les débuts du libéralisme) c’est un supercapitalisme* qui s’est érigé en système de gouvernance, de fait.
Le travail des citoyens, la démocratie, les lois sociales, tout cela est repassé au second plan car ce sont les desiderata des actionnaires, de financiers, des investisseurs qui priment, qui dominent sans partage. Et nos politiques se soumettent car ils n’ont pas de marge de manœuvre suffisante face à ses requins qu'ils craignent eu auxquels ils offrent des "boucliers fiscaux" protecteurs.
Mais ça se passe dans mon pays, avec le PIB qui est le sien, avec sa culture séculaire, ses scientifiques, ses écrivains, ses historiens, ses intellectuels, tel qu’il est mon pays, qu’est-ce que je fais pour être Français ? Je le défends, je le fais connaître quand je me rends à l’étranger et quand on me fait l’honneur de m’en parler.
Être Français c’est accepter que l’on a ses racines dans le sol fertile de ce pays à l’histoire singulière et adhérer à l’esprit de ses lois républicaines et laïques en tendant la main à ceux qui nous respectent au delà de nos frontières tracées elles aussi par l’Histoire. C’est en même temps lever les bras et dresser la tête vers les étoiles et tenter de trouver des théories cosmologiques acceptables pour tous.
Mais être Français, ce n’est pas seulement être né sur le sol français. C’est un peu comme être le fils, la fille de… Il y a une filiation sensible, un amour de cette nation qui doit être la marque indispensable de cette identité française.
Reste à définir ces marques et cette symbolique qui représentent bien la France :
- Le drapeau tricolore qui est un raccourci de son histoire.
- La devise « liberté, égalité, fraternité » qui est belle dans l’absolu mais n’a jamais été appliquée, pas plus dans les premières années du calendrier républicain qu’aujourd’hui.
- L'hymne national « La Marseillaise » qui est historique, qui est un chant de défense du pays, de la patrie en danger mais dont les paroles ne peuvent plus décemment être chantées par nos enfants et petits enfants.
J’aime ce pays où je suis né alors qu’il était occupé par nos ennemis d’alors, comme l'écrivait mon père en 1984, et qui l'avaient été pendant trois guerres successives, j’ai nommé les Allemands...
Mais, comme je l'ai dit, il n’y a pas que le sol dans mon identité : il y a aussi et surtout le fait que je me reconnais dans cette culture celtique teintée de judéo-christianisme et surtout de liberté râleuse et toujours prête à faire la fronde. Alors, bien sûr il y a beaucoup à réformer, à refonder dans cet hexagone carrefour de bien des idées mais si on a cette identité française, laïque et généreuse, on peut le faire, en rappelant que les religions sont des affaires du domaine du privé, comme la vie sexuelle et la vie intime de chacun. À ce compte on ne souhaite ni prosélytisme, ni ostentation. Les néo-arrivants, d’où qu’ils viennent, quelle que soit leur religion, leur philosophie, leur couleur de peau, leur ethnie doivent s’imprégner de cette idée que le concept d’identité française est une entité historique, législative, culturelle non pas immuable mais déjà bien constituée, avec des contours facilement lisibles. Ils ont le devoir de se glisser à l'intérieur ceux-ci, de s’y intégrer sans nécessairement s’assimiler complètement car ils ont cette possibilité dans leur cadre de vie privée de conserver des traditions qui leur tiennent à cœur. Mais pas dans l'espace public car l'espace public est français, le reflet de toute une histoire.
Quoi qu’il advienne, ce sont les lois de la République une et indivisible, laïque et redistributrice d’une égalité sociale sans équivoque, ce sont ces seules lois qui sont et demeureront applicables et non pas des lois communautaires.
Mais ceux qui n’aiment pas la France, cette nation qui a donné dans la traite esclavagiste, dans le colonialisme et dans des guerres plus ou moins justifiables, cette nation qui a mis en place les principes des Droits de l’Homme (avec les devoirs inhérents à ces concepts), ceux-là ne sont pas obligés de venir s’y installer et encore moins de demander la nationalité française.
L’identité française, ce n’est pas porter un béret en guise de couvre-chef, de glisser dans sa poche de gauche une baguette de pain bien frais et dans la poche de droite une bouteille de Bordeaux.
Non, l’identité française c’est l’acceptation de l’histoire de cette nation, de la liberté qu’on peut avoir en son sein, la reconnaissance d’être dans un état de droit et au contact d’une culture bien spécifique qui – tant du point de vue scientifique que littéraire, artistique ou philosophique – a acquis ses lettres de noblesse, grâce à des personnes talentueuses dont la réputation est souvent internationale. La culture française, son siècle des lumières ne sont contestés nulle part dans le monde. Nous pouvons encore en être fiers !
Pas de cocoricos certes, mais ceux qui trouvent les Français arrogants et peu reconnaissants feraient bien de regarder dans leurs États et dans leurs villages.
L’idée de « patrie » me trotte par la tête mais je ne suis pas militariste et je ne parviendrai pas à clamer « Vive la patrie ! » Je me contenterai de penser « Que la culture française vive et porte haut ses couleurs et ses valeurs ! »
Supercapitalisme* Lire l'excellent livre de Robert REICH
http://www.infoslibres.fr/2008_07_16/livre-supercapitalisme-de-robert-reich/article12433.html
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